Pourquoi évoquer la volatilité des prix des matières premières au G20?
La volatilité des prix des matières premières est devenue un sujet central pour l'économie mondiale à la suite des fortes et brutales variations des cours observées depuis 2007 sur les marchés des matières premières, et notamment les marchés pétroliers et agricoles. Ce sujet recouvre trois principaux enjeux :
- un enjeu de croissance économique. Les fluctuations excessives des prix génèrent de l'incertitude et perturbent les capacités d'anticipation des acteurs économiques. Cette incertitude est accrue par le manque de transparence des marchés de matières premières qui alimente en retour l'instabilité des cours;
- un enjeu de sécurité alimentaire. La crise alimentaire de 2007-2008 et les nombreuses émeutes de la faim qui l'ont accompagnée, notamment en Haïti, au Sénégal ou plus récemment au Mozambique, ont illustré de manière dramatique les conséquences des fluctuations des prix des matières premières dans les pays en développement. Celles-ci y affectent en effet tout particulièrement le pouvoir d'achat des consommateurs les plus pauvres mais aussi le revenu des producteurs ;
- un enjeu de stabilité et de régulation financière. Les marchés financiers doivent fournir les moyens de faire face à cette volatilité en permettant aux opérateurs de se couvrir contre les variations des cours. Toutefois, les marchés dérivés de matières premières qui ont des caractéristiques propres ne bénéficient actuellement pas d'un cadre de régulation spécifique et adapté au volume des échanges qui s'y déroulent (Les marchés financiers du pétrole pèsent par exemple environ trente cinq fois plus que les marchés physiques). De même, sur le seul Chicago Mercantile Exchange, il s'échange chaque année l'équivalent de 46 fois la production annuelle mondiale de blé et 24 fois la production de maïs).
Quels engagements le G20 a-t-il pris à ce stade ?
Le G20 s'est pour la première fois penché sur la question de la fluctuation excessive des prix des matières premières lors du Sommet de Pittsburgh en septembre 2009 où l'engagement a été pris d'améliorer la régulation, le fonctionnement et la transparence des marchés financiers et de matières premières. Peu de mesures concrètes ont toutefois été prises à ce jour. C'est dans ce contexte que la France a souhaité faire de la lutte contre la volatilité des prix des matières premières une des priorités du G20 en 2011.
Comment lutter contre la volatilité excessive des prix des matières premières ?
Le G20 apparaît comme l'enceinte appropriée pour aborder ce problème de volatilité dans la mesure où ses membres sont les acteurs majeurs des marchés pétroliers et agricoles. Les pays du G20 représentent 54 % des surfaces agricoles dans le monde, 65 % des terres arables et 77 % de la production mondiale de céréales en 2008.
La présidence française, en s'attachant en particulier aux matières premières énergétiques et agricoles, souhaite faire progresser l'action du G20 sur quatre questions essentielles :
1 - Comment améliorer la régulation des marchés financiers de matières premières ?
Ces marchés ne font pas l'objet d'une régulation harmonisée ou, pour certains d'entre eux, ne sont pas dotés de règles de base contre les abus de marchés ou les manipulations de cours. Des travaux sont en cours aux États-Unis et en Europe. L'objectif de la présidence française est de définir des règles communes sur les marchés de matières premières comme sur les marchés financiers.
2 - Comment accroître la transparence sur les marchés physiques de matières premières ?
Le manque de données internationales fiables sur les évolutions prévisionnelles de l'offre et de la demande sur les marchés de matières premières perturbe la formation des prix et alimente leur volatilité. L'amélioration de l'information sur les niveaux des stocks de matières premières constituerait également un progrès décisif.
3 - Comment mieux prévenir et mieux gérer les crises alimentaires ?
Le développement de l'offre agricole dans les pays émergents constitue une première réponse et sera encouragé par la présidence. Mais au-delà, les dernières crises alimentaires ont révélé l'absence d'une enceinte internationale qui soit suffisamment réactive pour apporter une réponse collective des gouvernements et canaliser les mesures unilatérales (restrictions à l'exportation) qui peuvent s'avérer contreproductives. L'utilisation des stocks stratégiques et des stocks d'urgence dans la prévention et le traitement des crises alimentaires mériterait d'être davantage coordonnée au niveau international. Une réunion des ministres de l'Agriculture du G20 sera organisée à la fin du premier semestre 2011 pour proposer des réponses à ces sujets essentiels.
4 - Comment renforcer les instruments de couverture pour mieux protéger les populations les plus pauvres contre la volatilité excessive des cours ?
La présidence française explorera les moyens de mettre au service des pays les plus pauvres les nouveaux instruments financiers d'assurance pour se protéger des hausses de prix ou des événements affectant les récoltes. |




































































